
Le verdict est tombé, et il fait l’effet d’un électrochoc dans le monde de l’éducation et de la culture. En avril 2024, le Centre National du Livre (CNL) a publié son rapport bisannuel intitulé « Les jeunes et la lecture ». Relayée avec inquiétude par le Ministère de la Culture, cette étude dessine un paysage préoccupant : la lecture « loisir » est en chute libre, étouffée par l’omniprésence des écrans.
Pourtant, derrière ces chiffres sombres se cachent des clés de compréhension essentielles pour nous, parents. Si l’on veut préserver l’imaginaire et les capacités cognitives de nos enfants, nous devons comprendre pourquoi le lien avec le livre se brise, et surtout, comment le réparer. Analyse d’une mutation sociétale et pistes d’action concrètes.
1. Le grand fossé : 19 minutes contre 3 heures
L’étude du CNL met en lumière un déséquilibre vertigineux. En moyenne, les jeunes de 7 à 25 ans consacrent seulement 19 minutes par jour à la lecture de loisir. À l’inverse, ils passent plus de 3 heures et 11 minutes quotidiennement devant un écran (smartphones, tablettes, consoles).
Ce ratio de 1 pour 10 s’aggrave encore chez les adolescents de 16 à 19 ans, dont le temps d’écran frôle les 5 heures par jour. Le livre ne semble plus faire le poids face à la gratification immédiate des algorithmes. Comme le souligne le Ministère de la Culture, nous assistons à une « érosion de la pratique » qui n’est pas due à un manque d’intérêt pour les histoires, mais à une concurrence déloyale pour le temps de cerveau disponible.
2. Le point de rupture : l’entrée au collège
L’un des enseignements les plus riches de l’étude est l’identification du « décrochage ». Jusqu’à 11 ans, l’enfant reste un lecteur régulier. Le basculement s’opère vers 12 ans, au moment de l’entrée au collège et, souvent, de l’acquisition du premier smartphone personnel.
À cet âge, la lecture commence à être perçue comme une activité « scolaire » ou « imposée », perdant son caractère de plaisir. Le rapport note que 31 % des garçons de 16-19 ans déclarent ne lire aucun livre par pur plaisir, contre seulement 7 % chez les 7-11 ans. Maintenir le livre comme un objet de divertissement et non de contrainte est donc le défi majeur de la pré-adolescence.
3. Les parents : le premier moteur de la lecture
Tout n’est pas noir. L’étude du CNL identifie des leviers puissants pour favoriser la lecture. Le facteur numéro 1 reste l’environnement familial. Un enfant a beaucoup plus de chances de rester lecteur si :
- Ses parents lisent : Le mimétisme est le moteur le plus fort.
- On lui a lu des histoires le soir : Le lien affectif créé autour du livre dans la petite enfance est le meilleur prédicteur de la lecture future.
- Le livre est accessible : La présence d’une bibliothèque familiale fournie et variée à la maison.
Le rapport souligne que le choix personnel est crucial : un enfant qui choisit lui-même son ouvrage a 80 % de chances supplémentaires de le finir avec plaisir.
4. BiNet : Une réponse technologique au déclin du papier
C’est ici que le projet BiNet prend tout son sens au regard des recommandations du Ministère de la Culture. Pour rivaliser avec l’attractivité des écrans, nous devons rendre l’accès au livre physique aussi ludique et interactif que possible.
En utilisant l’application BiNet, le parent et l’enfant transforment la recherche de livres en une aventure de quartier. Au lieu de subir une liste de lecture imposée, l’enfant explore une carte interactive des trésors de ses voisins. Il utilise le smartphone — l’outil qui le détourne habituellement du papier — pour aller vers le papier.
Le système de « Likes » et de « Suggestions » de BiNet recrée le sentiment de communauté et de recommandation par les pairs que les jeunes recherchent sur les réseaux sociaux, mais au profit de la littérature réelle. BiNet transforme le quartier en une immense bibliothèque vivante où le livre redevient un objet de rencontre et d’échange physique.
5. L’économie circulaire pour lever les barrières
L’étude du CNL mentionne également que le coût des livres peut être un frein, notamment pour les gros lecteurs de mangas ou de séries à rallonge. En favorisant le prêt gratuit entre familles, on supprime la barrière financière.
Participer à l’économie circulaire de son quartier, c’est aussi enseigner à l’enfant que le livre n’est pas un produit de consommation jetable, mais une ressource précieuse qui se partage. Cette approche redonne de la valeur à l’objet physique tout en préservant le budget des familles.
Conclusion : Un sursaut collectif est nécessaire
Les chiffres du CNL 2024 sont un cri d’alarme. Nous ne pouvons pas laisser la lecture devenir une activité de niche. En tant que parents, nous avons le pouvoir d’inverser la courbe en réintégrant le livre dans le quotidien de nos enfants de manière ludique, sociale et accessible.
📚 Sources de référence
Cet article s’appuie sur les données officielles et les rapports suivants :
- Ministère de la Culture (2024) : Analyse : La lecture en perte de vitesse chez les jeunes
- Centre National du Livre (CNL) : Étude 2024 complète : Les jeunes et la lecture (Document PDF)

